Quelqu'un récemment me demandait si je lisais toujours tous les livres que lisait ma fille.
Non, bien sur.
Parce qu'elle dévore, parce que tout ne me plaît pas dans ce qu'elle déniche, parce que les suites à 15 volumes me fatiguent.

Mais je lis souvent de cette littérature jeunesse pour plus si jeune.
Parce qu'il y a une sorte d'économie.
Parce que dans ces petits romans de la collection Médium, ou chez Sarbacane ou d'autres d'ailleurs, il y a une volonté d'aller à l'essentiel et de n'épargner personne. Ni les lecteurs, ni les personnages.

Il est révolu le temps où tout est bien qui finit bien, où tout baigne dans un monde pastel parce qu'on s'adresse à des jeunes.

J'ai trouvé La chute des géants (un très bon roman historique sur la 1er guerre mondiale) parfois plus fleur bleue malgré un contexte social et historique dramatique et parfaitement retranscris, que les derniers romans pour adolescents que j'ai lu.

Il y a une nécessité à l'efficacité.

Non, ce mot ne convient pas.

Disons que les auteurs ne cherchent plus à édulcorer ou à amoindrir les souffrances, la réalité.
Comme si on réalisait qu'avoir 12 ou 15 ans, c'était comprendre le monde qui nous entoure, ressentir les douleurs de la société, avoir encore l'espoir de pouvoir changer quelque chose et se rendre compte, que parfois, non. On ne peut rien changer.

La selection du prince charmant

Alors que ce soit Meg Rosoff qui nous parle d'une guerre et de gamins qui fuient, qui s'aiment, qui subissent et qui se font rattraper par un monde d'adultes, qui ne sont ni des héros, ni des pantins, juste des mômes comme on en trouve dans nos salons; que ce soit Agnès de Lestrade qui confronte une petite soeur à la maladie, à la mort, à l'amour, aux colères, aux doutes ou que ce soit Rebecca Stead qui nous parle du collège, de la famille, de l'impossible, des querelles, des prises de conscience, des bouderies et de l'entraide, nous avons à faire à chaque fois à du concentré de vie.

Maintenant c'est ma vie

Il n'y a pas des pages entières pour nous expliquer les moindres sentiments, les moindres réflexions, nous sommes dans le vrai, dans le vif, comme dans notre vie de tous les jours.
Il n'y a pas de personnes tellement spéciales qu'elles seront forcément épargnées.
Nous prenons les sensations à bras le corps et nous partons sur le chemin avec ces impressions, sans savoir si on va dans le vrai.

Hier tu comprendras

Voilà pourquoi je lis de la littérature jeunesse.
Parce que j'ai l'impression de croquer dans la vraie vie, celle qui fait mal mais celle qui brille plus aussi.