Fin septembre, au cours d'une semaine particulière aux États-Unis, on met en lumière les livres interdits, victimes de censure ou objets de plaintes.
L'American Library Association organise chaque année cet évènement depuis 1982.
J'ai découvert tout ça grâce à un très bon article sur le site Les histoires sans fin et parcourant les paragraphes, quelle ne fut pas ma surprise de croiser un titre qui attendait sagement dans ma panière à livres derrière ma chaise.

Qui es-tu Alaska? de John GREEN
Ce petit poche à l'allure inoffensive avait donc déchaîné les passions cette année et avait été retiré de certaines bibliothèques, des parents s'étaient battus pour que les yeux de leurs chérubins ne parcourent pas ses lignes.

Hier soir, je l'ai ouvert et tout à l'heure, je l'ai refermé.
Et je suis triste pour ces ados américains qui devront se débrouiller autrement pour lire la prose pointue et juste de John GREEN.
Je suis accablée que des parents pensent encore que le monde de la littérature doit être celui des Bisounours, du bonheur préfabriqué, du lisse et du parfait.
Je suis horrifiée à l'idée qu'ils pensent qu'informer peut nuire, que décrire induit forcément le mimétisme.

Alors, il y a quoi dans ce livre satanique ?
Il y a des ados, des lycéens en internat, qui font les cons, comme beaucoup d'ados, qui réfléchissent à la meilleure blague à faire, qui fument de temps en temps en cachette, qui boivent de temps en temps en cachette, qui ne font pas tant l'amour que ça voire pas du tout en fait, qui se font des amis, qui créent des liens.
Il y a des profs qu'ils aiment, d'autres moins, la cuisinière créative dans son genre, le principal aux aguets.
Il y a l'amour pas dit, maladroit.
Il y a les potes les vrais.
Il y a des rires et des drames.

En fait, John GREEN, nous décrit avec une précision et une pudeur incroyable l'adolescence typique. Des montées d'hormones aux envies de chez soi.

Alors oui, je vois ce qui a fait peur. 
Fumer, boire, désirer et puis d'autres choses qui vous dévoileraient l'intrigue.
Je crois comprendre un peu ce qui peut pousser certains parents à dire "ce n'est pas à mettre entre toutes les mains".
Mais je suis intimement persuadée du contraire.

Ce genre de livre est à mettre entre toutes les mains pour pouvoir en parler après.
Parler de tout, pour mettre à plat les petites et les grandes angoisses.
Il est à mettre entre toutes les mains parce que c'est un âge difficile et que John GREEN a le talent de le décrire et de le comprendre avec une justesse merveilleuse et qu'il nous fournit un support tout à la fois drôle, émouvant et poétique.

Alaska

On ne peut pas censurer un livre où il est écrit :

"Si les gens étaient de la pluie, j'étais de la bruine et elle, un ouragan."